Au milieu de la faune et de la flore des collines verdoyantes de Nagrand, dans les hautes herbes grasses, les elekks et les sabots-fourchus paissaient tranquillement au pied de l’Osho’gun qui dominait la plaine de sa stature imposante. Ce gigantesque monolithe de cristal, était tout ce qu’il restait d’une nef interdimensionnelle Na’aru qui s’était écrasée sur Draenor des siècles auparavant. Si ces faits étaient relativement connus pour ceux qui se donnaient la peine d’être curieux, la présence d’un gigantesque complexe souterrain en dessous de la carcasse du vaisseau, était en revanche un élément quasi-ignoré de tout le monde.
Cet immense dédalle de couloirs et de salles n’avait rien à envier en taille et en proportions aux plus grandes des villes d’Azeroth, mais à présent, seuls le silence, la Mort et une inextricable sensation d’angoisse régnaient sur ces lieux. Tombeau de secrets oubliés depuis des millénaires, son dernier gardien avait succombé à la suite de l’intervention des séides du Seigneur érédar Gniev. Maintenant vide de toute présence, l’Oshu’gun demeurerait-il aussi abandonné qu’il l’avait été pour les siècles précédents ? Rien n’était moins sûr.
À présent, deux serviteurs du Roi-Liche faisaient un retour discret aux abords de cette montagne de cristal dont la surface parfaitement lisse reflétait les rayons solaires avec une constance séculaire. Dans la plaine baignée de lumière, un chevalier de la mort et une banshee troublés par ce cadre étincellent, se morfondaient :
- Cet endroit empeste la vie, remarqua Anthem.
- Tu as été vivante durant des siècles et tu t’étonnes aujourd’hui de l’odeur nauséabonde que dégagent les êtres vivants ? De l’abject éclat de la lumière ? Tu as encore beaucoup à apprendre.
- Le Roi Liche soit loué, cet état de fait n’est heureusement plus. Ce qui me permet d’être là aujourd’hui pour accomplir cette mission.
- Alors trêve de bavardage et voyons donc ce que ce cher Slayeur et ses amis ont pu laisser comme trace de leurs exploits ici. Si toutefois ils en sont revenus…
- Tu peux faire confiance au Nain pour rester vivant dans les pires situations Darshanesh. Il est plus increvable qu’un mort vivant.
- Cela me rappelle quelqu’un… persifla le chevalier de la mort.
La banshee ne releva pas le sarcasme, et ils se lancèrent alors dans un relevé détaillé des éventuelles traces laissées par l’équipée du paladin. Si les groupes d’animaux les évitaient soigneusement, apeurés par l’aura malsaine qui se dégageait d’eux, les élémentaires d’ombres et le Gron géant restaient toujours des menaces bien présentes. Malgré cela ils purent chercher dans un calme relatif ce qui les intéressait et se rendirent vite compte que l’Oshu’gun avait été obstrué au niveau de ce qui semblait être son entrée principale.
- Cet éboulis semble récent, remarqua Darshanesh en passant la main sur les pierres.
- Je vais voir de l’autre côté ce qu’il en est.
Sous sa nouvelle forme de banshee Anthem n’avait aucun mal à traverser ce genre de parois. Sa silhouette éthérée disparu à travers les éboulis rocheux, pour n’en réemerger que quelques instants plus tard.
- Alors ?
- Ils sont passés par là . Ça grouille de cadavres de démons et d’adeptes de je ne sais quelle secte.
- Tu as remarqué autre chose ?
- Il y a une sorte de structure métallique après mais je préfère t’attendre pour en poursuivre l’exploration, ça a l’air assez grand.
- En ce cas ne perdons pas de temps. Recule toi…
Suivant ses ordres, l’Elfe qui semblait faite de brume glisa silencieusement sur le sol jusque derrière lui. Le chevalier concentra alors une énergie d’un violet sombre dans son poing avant de l’envoyer en une déferlante sur l’entrée obstruée qui se libéra en un fracas explosif, les débris pierreux éraflant à peine l’armure sinistre que Darshanesh portait. Ils purent alors pénétrer dans l’Oshu’gun.
À l’intérieur, le carnage avait laissé après quelques jours une odeur de mort répugnante, qui ne gênait en rien ces deux séides du Fléau. Une fois une exploration succincte de la grotte et des premières salles accomplie, le serviteur du Roi Liche guigna en direction des corps gisant au sol :
- Voilà qui va nous faciliter la tâche, s’amusa Darshanesh.
Levant son poing en l’air il canalisa des éclairs d’énergie sombre qui virent frapper les dépouilles de ceux qui étaient tombés au combat. À l’exception des démons dont les cadavres restèrent dans le même état immobile, les ritualistes orcs s’animèrent et convergèrent vers le chevalier qui les regarda avec satisfaction.
- Trouvez le chemin laissé par les vivants, ordonna-t-il
La quinzaine de marionnettes qu’il venait de relever s’ébranla immédiatement et fila dans toutes les directions. Le temps passa, et finalement tous finirent par converger dans la même pièce, là où se trouvait un Na’aru brillant d’une ténébreuse lueur.
- Qu’est-ce que c’est que cette chose ? pesta Darshanesh.
- Je crois en avoir vu un à Shattrath… Mais je ne sais pas ce que c’est. Celui que j’ai vu n’était pas sombre de toute façon, il brillait d’une lumière cristalline.
- L’énergie qui se dégage de lui semble faible, comme à l’agonie…
- Je n’aime pas cette chose, quoi qu’elle soit.
- Moi non plus ma douce. Il semble pourtant que les autres aient du passer par ici. Va jeter un œil derrière ces murs il doit sûrement y avoir une salle derrière.
Et effectivement, après le retour d’Anthem une minute plus tard :
- Il y a bien un couloir derrière l’estrade où se tient cette chose.
- Les murs sont épais ? questionna l’ancien paladin.
- Quelques centimètres au maximum.
- Alors nous allons faire parler la poudre, dit-il en sortant de sa sacoche une bombe gravée d’une tête de Mort.
Il alla la placer au pied du mur, juste derrière le Na’aru qui commença à changer de couleurs. Les nuances d’énergie sombres variaient de plus en plus à sa surface, pourtant il demeurait immobile.
- Et on fait quoi de ce truc ? demanda l’Elfe en le désignant de la tête.
- S’il comprend ce que l’on dit, il a intérêt à déguerpir sinon il va perdre un morceau je pense.
Comme pour lui répondre une sorte de bruit magique retentit et une porte apparut au milieu d’une aura de lumière qui se dessinait dans le mur. Le chevalier manqua de tomber sous l’effet de la surprise, mais il resta droit et faisait maintenant face au couloir sombre qui plongeait devant eux. Après avoir repris la bombe, Darshanesh, Anthem et la quinzaine de goules pénétra dans le couloir. Tous morts qu’ils étaient ils ressentirent eux aussi cette étrange sensation de mal-être et d’angoisse.
- Nous ne devrions pas éprouver ceci… C’est… étrange.
- Ça me perturbe aussi… Tu as déjà ressenti ceci auparavant Darsh ?
- Pas depuis que je Le sers… Mais ça n’a aucune importance… avançons !
Les goules en tête ils s’engouffrèrent dans les boyaux de l’Oshu’gun, suivant les résidus de Vie et d’énergie démoniaque laissés par Slayeur. Même s’ils pensaient que l’équipe du paladin s’en était sortie, ils restèrent vigilants, guettant le moindre bruit, étant attentif à la moindre énergie, parés au moindre danger. Ne ressentant ni la faim, ni le froid, ni la gène provoquée par l’obscurité, ils marchèrent longuement dans les couleurs pierreux et en ruines du complexe souterrain.
Arrivés devant le pont de pierre brisé, Anthem pu flotter sans trop d’encombres jusque de l’autre côté, Darshanesh lança un par un de l’autre côté leurs serviteurs réanimés, avant d’utiliser sa poigne de la mort pour d’agripper à un aspérité rocheuse à l’opposé.
Ils reprirent leur route, mais ils étaient comme hors du temps et de l’espace, seul le lien mental les attachant au Roi Liche les ramenait encore à un semblant de réalité au milieu de cette obscurité et de cet oubli. Pendant des heures, ils déambulaient dans cette longue succession de caverne aux parois taillées mais qui semblaient inhabitées depuis longtemps, des années, des siècles peut-être, au milieu de l’obscurité d’où ne perçait que la lueur de leurs yeux irisés de bleu. Sur les traces du paladin, de temps en temps ils entraient dans ce qui semblait être une habitation mais il n’y trouvaient rien d’autre que des squelettes méconnaissables, tout le reste était en état de décomposition trop avancé, quand ce n’était pas déjà devenu poussière. C’est alors que Darshanesh s’arrêta, au milieu d’un des couloirs :
- Qu’y a t il Darsh ?
- Tu ne sens pas cette présence ? Une magie puissante… Je n’aime pas ça, répondit-il préoccupé.
- Par le Roi Liche tu as raison ! murmura Anthem qui détectait à présent la même chose.
- Camouflons-nous avant que ceux qui sont derrière ne repèrent la signature de notre énergie. Je n’ai pas envie de faire de mauvaise rencontre…
Ils reprirent alors leur route avec beaucoup de précaution. Après une fin de périple d’autant plus longue que la prudence imposait sa lenteur, ils arrivèrent devant l’immense porte sculptée de runes, dont les proportions lui faisaient bien atteindre dix mètres de hauteur et dont l’encadrement était lui aussi parsemé de runes inconnues. Les battants de mithril étaient toujours ornés des énormes têtes de dragons sculptées, mais la porte qu’ils supportaient était beaucoup plus largement entrouverte suite au passage du balrog.
- Le chemin de Slayeur mène ici, murmura le chevalier. Passe discrètement un coup d’œil.
Anthem passa sa tête en travers quelques secondes le temps d’appréhender ce qui se trouvait de l’autre côté.
- Alors ? murmura le chevalier au comble de l’impatience.
La banshee ressorti sa tête et le regarda, circonspecte :
- C’est une salle absolument gigantesque et il y a une sorte de squelette immense au milieu.
- Personne dedans ?
- Je ne crois pas. Mais je sens l’aura de puissance se rapprocher de plus en plus.
- Dépêchons nous d’explorer alors. J’aimerai avoir assez d’information à récolter avant de… tomber sur un os.
Ils ne purent retenir leurs cris de stupeur en entrant. Ils se trouvaient sous un immense dôme rocheux qui aurait facilement pu contenir Ironforge ou Stormwind, il était parsemé de millier et de milliers de cristaux incrustés dans la roche. Au sommet plusieurs gros cristaux de taille gigantesque sortaient du plafond et éclairaient faiblement la pièce, mais surtout ils projetaient un rai de lumière géant sur un squelette colossal au centre de la salle. Cette colonne de lumière brillait au milieu de ce dôme dont les parois étaient semblables à une nuit étoilée. Dès qu’ils regardèrent plus attentivement le squelette, la sensation d’angoisse les repris.
- Ce sont ces ossements qui nous troublent autant… remarqua Anthem.
- Je sens la présence de deux cadavres plutôt récents. Rapprochons nous.
Il leur fallu bien cinq bonnes minutes à pied pour atteindre le squelette. Il avaient stoppé juste avant le cercle de lumière dans lequel il baignait et se tenaient face à sa tête. C’était sans conteste les ossements d’un Dragon, mais jamais ils n’en avaient vu de si imposant. Il devait bien être trois fois plus gros que les sauriens normaux, qui déjà étaient d’une bien respectable dimension.
- Le Fléau aurait une grande utilité d’une telle créature ramenée à la vie.
- Comment ce dragon est arrivé là ? Tu as vu sa taille ?
- Je l’ignore ma douce… je l’ignore, répéta Darshanesh fasciné par le dragon.
Il secoua sa tête pour reprendre ses esprits.
- Ils sont deux... réalisa-t-il.
- Quoi ? demanda Anthem.
- L’aura de puissance : ce sont deux personnes. Je les sens. Des mages je crois. Ils arrivent de plus en plus vite.
- Ils n’auront pas perdu de temps comme nous à suivre les traces de Slay qui s’est sûrement perdu.
- Il faut nous cacher, s’ils approchent plus, notre camouflage sera inefficace et ils sentiront notre présence…
Ils regardèrent partout autour d’eux, mais le terrain était désespérément à découvert. Les yeux irisés de bleu de Darshanesh se posèrent alors sur la tombe du polymorphe à quelques mètres du dragon. Il réfléchit quelques secondes puis jeta un regard vers les Orcs morts-vivants qui les accompagnaient.
- Les cadavres feront une bonne couverture, murmura-t-il pour lui-même.
- Comment ça ?
- Il faut nous cacher à proximité de la tombe, et nous recouvrir des corps des Orcs que nous avons ramenés. Leur présence cachera la notre. Et comme je pense que la tombe doit être aussi fraiche que les goules, ce sera la meilleure des protections que nous pourront utiliser pour le moment.
- Et si ça ne marche pas ?
- Il faudra que ça marche. Nous ne somme pas du tout de taille face à ce qui arrive. Si on peut se cacher et qu’ils ne fouillent pas trop nous avons une chance.
S’activant du mieux qu’ils purent, ils essayèrent de donner la meilleure mise en scène possible pour que tout paraisse le plus anodin du monde. Il se recroquevillèrent près de la tombe, puis Darshanesh ordonna aux Orcs de s’entasser sur eux pour simuler un empilement de cadavres faisant suite à une bataille. Après avoir laissé assez d’espace pour que les bruits alentours puissent leur parvenir, le chevalier de la Mort ota l’étincelle de vie qui animait les Orcs, et leurs dépouilles d’affaissèrent sur eux. Darshenesh et Anthem réduirent leur présence au maximum, se camouflant encore plus, de manière à pouvoir être totalement cachés par la pyramides de cadavres qui les surmontait.
Leur excitation était à son comble, ils redoutaient le danger imminent qui approchait. Cette fébrilité n’échappa pas à Celui grâce à qui ils étaient revenus d’entre les morts. La connexion qui les reliait en permanence au Roi Liche se dilata. Ce qu’ils vivaient, Il le ressentait, ce qu’ils percevaient, Il en avait conscience, ce qu’ils craignaient, Il en sentait la force. Alors ils ressentirent la puissance du Fléau affluer en eux, non pas pour se préparer à l’affrontement, non, mais pour décupler leurs sens et leur permettre de mieux saisir ce qui se passait. Pour parfaire leur couverture, pour les rendre aussi indétectables que possible, pour se fondre au maximum. Si ces deux visiteurs étaient aussi puissants qu’ils semblaient l’être, les observer serait plus fructueux que de les affronter. Alors, calmement, ils attendirent.
Un bon quart d’heure après, ils ressentirent avec force l’approche de ces deux êtres extrêmement puissants. Ils ne pouvaient rien voir, mais l’énergie qui émanait des nouveaux venus était si claire et si intimidante que même l’obscurité la plus profonde où ils se trouvaient ne la leur cachait en rien. Le temps passa encore et ce fut finalement des bruits de pas qui annoncèrent les nouveaux venus. Ils ne parlaient pas, mais tous les sens des deux membres du Fléau étaient tendus vers le déplacement de ce qui était clairement deux mages.
À proximité du squelette géant et de la pyramide de cadavres arrivèrent un humain, de haute taille, aux cheveux d’un rouge flamboyant, ainsi qu’un autre à la race incertaine, mais auquel son teint blafard et la finesse de ses traits faisait ressembler à un Haut-Elfe.
- C’est… fascinant, s’exclama l’humain aux cheveux roux en regardant partout aux alentours.
- C’est pourtant un endroit des plus funeste, lui répondit le Haut-Elfe attristé en ne lâchant pas le squelette de dragon du regard.
L’humain le remarqua et l’imita aussitôt. Ils restèrent silencieusement à contempler l’immense carcasse osseuse qui se tenait devant eux, jusqu’à ce que l’humain brise le silence.
- C’est donc de ceci qu’émane cette sensation malsaine ?
- Oui Rhonin… C’est bien de lui.
- Au moins il efface la puanteur morbide de ce tas d’Orcs… se consola le mage en désignant la pyramide de corps.
- Ma Reine avait vu juste. Il s’est bien passé quelque chose ici.
- Alextraza a ressenti ce qui s’est passé jusque là ?
- Non. Mais suite aux évènements récents, elle en a déduit que l’une des pistes à explorer pourrait se situer dans cet endroit et elle avait raison.
- En ce cas Krasus, peut-être peux-tu m’en dire plus sur ce lieu à présent ?
L’Elfe acquiesça dans un soupir :
- Je te dois bien la Vérité. Si ce que nous croyons est juste, alors tu as tout intérêt à la connaître.
Krasus resta le regard plongé vers le squelette, la peine et la préoccupation étaient gravées sur ses traits. Sans lancer un regard à Rhonin il commença son récit d’une voix tout aussi affectée :
- Les dragons… Des êtres immémoriaux auxquels les Titans confièrent la garde de ce monde. À l’aube des temps, ils créèrent les Aspects qu’ils investirent de pouvoir formidables pour veiller sur leur Création. Chaque Aspect avait en charge un domaine particulier de leur Grand Œuvre, chacun possédant son vol, chacun devant veiller à un pan entier du monde.
Ceux là furent Alextrasa la Lieuse de Vie, Reine des Dragons et du Vol Rouge ; Ysera la Rêveuse, souveraine du Vol Vert ; Nozdormu, l’intemporel, du Vol de Bronze, Aspect du Temps ; Malygos le Tisse-Sort, dragon bleu Gardien de la Magie ; Neltharion que nous nommons maintenant Deathwing, Gardien de la Terre… et son frère jumeau Ikarius, Aspect des éléments et frère souverain du Vol noir, acheva Krasus dans un soupir empli de chagrin.
- Quoi ? Mais je n’ai jamais entendu parler de lui, s’étonna Rhonin abasourdi.
- Et pour cause… Nous avons tout fait pour. Ce qu’il a initié nous a obligé à le faire.
- Qu’a-t-il pu accomplir de si terrible ? demanda Rhonin intrigué.
- Ikarius avait… de grands projets pour nous. Il ne supportait pas de nous voir uniquement veiller à l’équilibre d’Azeroth. Pour lui, les dragons devaient être à l’initiative, être l’avant-garde, façonner comme ils l’entendaient la création des Titans plutôt que de veiller dessus. Il était prêt à tout pour cela, y compris à combattre les siens.
Et il n’était pas seul à penser comme cela. Il avait de nombreux partisans, et pas que chez les Noirs, dans tous les Vols on l’écoutait car il était l’égal d’Alextrasza, ce que Neltharion supportait mal d’ailleurs.
- Il était si puissant que ça ?
Krasus tourna sa tête vers l’humain et le regarda droit dans les yeux avec gravité.
- Bien plus que tu ne peux l’imaginer. Et il en avait parfaitement conscience. Fort de ses soutiens, ivre de sa puissance il a voulu modeler ce monde à son image. Il s’est rebellé contre ses frères et sœurs et fit sécession. Une guerre fratricide éclata alors entre les dragons d’Ikarius et ceux des autres Vols.
Elle dura des années et des années… Et les pertes furent nombreuses dans tous les rangs.
- Mais comment un seul Aspect a pu tenir tête à tous les autres ? interrogea le mage au cheveux de feu. C’est impossible.
- Il était fort, il avait de nombreux fidèles, et surtout il possédait un artefact face auquel même l’Âme du Démon ne représentait rien : la Volonté de Draenor.
- « La volonté de Draenor » ? Mmmmm… Ça me dit vaguement quelque chose, réfléchit l’humain.
- Si tu n’en avais pas entendu parler ce ne serait sans doute pas étonnant, même pour un membre éminent du Kirin Tor.
- Cela aussi vous l’avez caché ?
- Nous le devions Rhonin, nous le devions.
- Mais pourquoi ? Et comment… comment cet Ikarius est-il entré en possession de cette… chose ?
- Je vais d’abord te répondre sur le second point mon ami.
Après avoir vaincu les anciens Dieux qui régissaient Azeroth, le Titans bannirent les Seigneurs élémentaires et leurs affiliés dans une dimension-prison. Mais l’eau, la terre, l’air, le feu et toutes ces choses devaient être confiés aux Aspects, c’était primordial, il fallait que cette partie du monde soit maîtrisée.
Neltharion se vit donc confier la Terre, mais uniquement cela, on ne voulait pas confier un pouvoir trop grand sur ce monde à un seul Dragon, car il était bien fougueux sous son apparence avisée.
Les autres éléments furent alors placés sous la garde d’Ikarius qu’on pensait plus sage. Et pour cela il avait reçu l’habilité de voyager sur le plan élémentaire. Ses voyages entre les plans lui plaisaient beaucoup, et il disparaissait souvent pour de longues périodes en repoussant les limites à chaque fois. C’est ainsi qu’il fut la première créature de notre monde à pénétrer sur Draenor. Et c’est là qu’il trouva la Volonté.
Un objet d’une puissance inouïe. L’Âme du Démon concentrait la puissance des Aspects, mais la Volonté était le concentré, la quintessence d’une planète entière !
- Une planète entière ? Mais comment est-ce possible ? C’est ahurissant qu’un tel objet ait pu être créé, lâcha Rhonin stupéfié.
- Nous ne l’avons jamais su Rhonin et nous ne le saurons jamais probablement. Ikarius lui-même ne devait pas le savoir. En revanche, il avait parfaitement conscience de la puissance de cet objet, et lorsqu’il la maîtrisa il déclencha la guerre. C’est comme ça qu’il pu tenir tête à tous les autres dragons.
L’expression de sérieux qui s’éteint peinte sur les traits de Krasus s’alourdit encore, il regarda de nouveau le squelette et reprit son récit :
- Tu n’as pas idée du carnage qui a ravagé nos rangs. Nous nous battions contre les nôtres. Nous les gardiens du monde nous nous déchirions. C’était absurde, comme le gâchis de toutes ces vies… Tous les dragons fidèles à Alextrasza et Neltharion faillirent bien avoir combattu en vain, car Ikarius gagnait la guerre.
- Comment avez-vous inversé la tendance ?
- Ce n’est pas nous qui l’avons inversée, c’est lui. Nous, nous essayions de survivre à l’époque. Ikarius, lui, était soûl de sa force, de sa puissance, de ses victoires, alors il a péché par orgueil : il a ouvert un second front.
- Ce qui signifie ?
- Les Titans nous avaient certes laissé la garde du monde à nous, les dragons ; mais ils n’étaient pas inconscients. Pour protéger l’ordre qu’ils avaient eu tant de mal à bâtir sur le chaos, deux précautions valaient mieux qu’une. Il créèrent un second groupe de gardiens, une sorte d’ordre secret, dont nous ne connaissions rien, sinon l’existence. Ils l’appelèrent le Phénix.
- Le « Phénix » ? Qu’est-ce que c’est que ça.
- Ne va pas t’imaginer un concile d’hommes en robes de bure mon jeune ami. Les Elfes n’existaient même pas à l’époque et les humains encore moins.
Il regroupait sûrement les demi-divinités et les Esprits majeurs du monde. À la Vérité, nous n’en n’avons jamais rien su.
Nous ne savions que trois choses du Phénix en fait : son origine, qui était la même que la notre ; sa mission qui elle aussi était semblable ; et enfin qu’il devait nous surveiller et agir si nous commettions des erreurs ou faisions preuve de faiblesse.
- Ce qui a été le cas quand Ikarius gagnait la guerre ?
- Oui, le Phénix s’apprêtait à agir semble-t-il, mais Ikarius a voulu tirer en premier. Il l’a regretté amèrement. Il n’a pu lutter contre deux ennemis à la fois. Les pouvoirs dont disposait le Phénix nous ont permit d’inverser la tendance, de le chasser et de le traquer jusque sur Draenor. Ici-même dans son sanctuaire.
Rhonin contempla de nouveau l’immensité de la salle.
- Grâce à la puissance de la Volonté de Draenor il avait même transformé son propre sanctuaire en une gigantesque forteresse volante. Les membres du Phénix et les autres Aspects on défait Ikarius dans cette pièce, et l’on tué. C’est son squelette que tu peux voir.
Le reste de ses partisans fut impitoyablement massacré ici et son repaire brisé en deux dans les airs s’écrasa pour moitié dans cette région, pour l’autre, sous l’actuel Auchindoun. La Volonté fut cachée ici et son accès rendu impossible aux dragons, qui seuls ont la puissance pour l’utiliser. Elle fut laissée à la garde de plusieurs Balrogs, des créatures de feu et d’ombre qui en furent les derniers gardiens. Et ce mausolée fut scellé des protections magiques les plus puissantes.
Ikarius et les siens furent condamnés à la damnation mémorielle, tout souvenir d’eux devait disparaître de la mémoire collective et de la face du monde. C’est pour cela que tu n’en a jamais entendu parler. Même nous, nous n’en parlons jamais entre nous, avoua le mage dragon. C’est un tabou qui est scrupuleusement respecté.
- Que sont devenus les gardiens de la Volonté ?
- Le dernier d’entre eux gît mort de l’autre côté de la pièce visiblement ; quant à la Volonté, elle a disparue. Comme tu peux donc le constater, la situation est grave.
- Et Alextrasza pense que tout ceci à un rapport avec ceux qui se font appeler le Vol Infini ? C’est pour cela qu’elle nous envoie enquêter ici ?
- Elle a pensé que c’était une des pistes à explorer. Et elle a vu juste, malheureusement. Tout ceci est forcément lié : l’ouverture de la Porte des Ténèbres, l’apparition de ce nouveau vol, la disparition de la Volonté. Ce sont trois évènements majeurs arrivés en en laps de temps trop court pour que ce soit une coïncidence. Si ce qui s’est passé ici il y a quelques jours est contemporain des deux autres crises que je viens d’évoquer, ces trois choses sont donc liées. Reste à savoir à qui.
Rhonin se mit à réfléchir et émit alors une hypothèse :
- Pourrait-on imaginer que ce soit encore l’œuvre du Vol Noir ? Maintenant la Porte rouverte, Deathwing en a peut-être profité pour s’emparer de la Volonté pour créer ce nouveau Vol.
- C’est une hypothèse audacieuse, mais elle ne colle pas. On ne crée pas des dragons du jour au lendemain, même avec la Volonté en sa possession. De plus nous ne savons rien du Sort de Deathwing, il peut-être même mort comme son cher jumeau, nous ne le savons pas.
- En somme si je résume : la Porte est rouverte, de nouveaux dragons maîtrisant le voyage dans le temps font leur apparition, un des plus puissants artefact qui soient a disparu de sa cachette millénaire, dans cette même cachette ses gardiens ont disparu et on se retrouve ici avec une tombe et un tas de cadavres d’Orcs.
- Tu résumes admirablement le salmigondis de problème dans lequel nous nous trouvons.
Si Krasus et Rhonin étaient inquiets, le Roi-Liche avait reçu plus d’informations qu’Il n’osait en espérer. Plus que tout, l’existence de la Volonté de Draenor focalisait Son attention, et ce que le seul Vrai Roi voulait, le seul Vrai Roi l’avait. Les deux mages restaient cloîtrés dans un silence et une immobilité qui indiquait que le gros des explications était fini. Le temps de la retraite était venu pour le chevalier de la Mort et la banshee.
Les directives affluèrent dans leur conscience. Le Roi-Liche voulait leur retour rapide et discret. Son esprit s’unit aux leurs, et Leur insuffla la puissance nécessaire pour permettre une telle fuite. Enchevêtrés sous les corps d’Orcs, Darshanesh avait pris soin de ménager un espace de mouvement pour ses mains et celles d’Anthem. La puissance du Fléau mise à leur service, ils invoquèrent une porte de la Mort vers le sol. La puissance de leur Souverain les aidant et Les couvrant, ils purent former avec une rapidité et une soudaineté édifiante un portail vers Azeroth. En un instant un disque de brume crépitant d’énergie se forma au sol. En un instant l’amas de morts tomba dedans En un instant la porte se referma, et tout ce que purent remarquer Krasus et Rhonin fut la disparition pure et simple des corps. Et en un instant, ils se retrouvèrent au pied du Trône de Glace.